13 mai 2005

Naissance d'un sex symbol

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"Nosferatu, Eine Symphonie Des Grauens" (une symphonie de l'horreur) constitut a la fois la premiere et la meilleure adaptation du "Dracula" de Bram Stoker, le tout sans avoir paye un centime de droit d'auteur, quel radin ce Murnau. J'avais un peu d'apprehension avant de voir le film, bien qu'on m'ait vante l'immense talent de son realisateur, mais un film des annes 20, fondateur du fantastique... deja qu'aujourd'hui c'est pas la creme du cinema. Comment ai-je peut etre aussi sceptique? Ils sont cons ces jeunes.
J'ai evidemment ete litteralement fascine par le film et j'ai meme eprouve un legere honte de ne pas l'avoir vu avant. La mise en scene de Murnau est geniale, proche de l'expressionisme allemand il maitrise les jeux d'ombres et de lumieres parfaitement et de maniere particulierement efficace. Il depasse cependant le mouvement en filmant dans des decors naturels ce qui ne fait que renforcer la puissance de son film et notre impression de malaise en placant l'action dans un cadre qui n'a, en soit, rien de fantastique.
L'oeuvre retranscrie la quete initatique de son heros, Thomas Hutter (Jonathan Harker), qu'on pourrait voir comme confronte a son extreme oppose, son negatif : Nosferatu. Il deviendra finalement un homme apres s'etre debarasse de ce petit pervers de Max schrek (qui arrete pas de mater les filles par la fenetre...) grace a un coq. Beaucoup y voient aussi une descente de Thomas dans son inconscient et donnent une analyse freudienne du film avec un Nosferatu qui constitue un "ca". C'est vrai que l'aspect tres symbolique du film se prete a ce genre d'analyse assez facilement : Thomas traverse LE pont pour aller sur les terres du comte Orlock (Nosferatu), l'univers de Nosferatu est la NUIT, et la nuit c'est noir, comme dirait Freud. En bref ce genre d'analyse, bien que des fois pertinentes, enlevent un peu de magie au film, et c'est ce qui fait avant tout sa force. La musique fantastique de Galeshka Moravioff, presente sur le DVD, n'y est pas pour rien dans cette atmosphere, transformant nos inquietudes en fascination et nous berce dans une douce horreur remplie de peste, de haine et de poulets tueurs de vampires.
En tous cas une chose est sur, ce film marque la naissance d'un sex symbol : Max schrek et son petit cote grand tenebreux tres classe (bien qu'il ne se coupe pas les ongles tres souvent), il est encore aujourd'hui la figure la plus flippante et cauchemardesque de Dracula. Figure qui frappe tellement que j'ai eu le sentiment en regardant le film que la propagande nazie a joue sur l'image de Max schrek pour mieux atteindre l'imaginaire collectif : Juif = Vampire (Juif = sex symbol?). Nosferatu a un grand nez, il est tout maigre, a l'air vicieux, les doigts crochus et il arrive dans la cale d'un bateau. Certains plans de Murnau filmant des rats grouillants accompagnants le comte Orlock, images que l'on retrouvera encore dans la propagande Hitlerienne, m'ont confortes dans cette idee. Ce sentiment s'est avere pas completement stupide puisque beaucoup de critiques en parlent (j'etais assez fier de moi d'ailleur). Ce plagiat niaiseux des nazis se revelera efficace, quand a ceux qui verront de l'antisemitisme dans l'oeuvre de Murnau, je reste sceptique...

P.S: des masques magnifiques de Max Schrek sont disponibles, pour epater vos connaissances en soiree ou pour hypnotiser vos amies, effets garantis.


27 avril 2005

Pour L'amour du peuple

Tout d'abord je tiens a remercier le cinema Melies, qui en plus d'avoir une programmation excellente et des invites de marques, se trouve a Pau, ce qui n'est pas forcement evident mais qui a l'avantage d'egayer mes vacances. Cette fois ci "Pour l'amour du peuple" etait au programme avec en invite le co-realisateur Eyal Sivan, realisateur entre autre de "route 181" sur Israel. Mais avant de s'interroger sur la portee politique du film, un court synopsis : Ce film est tout simplement le temoignage de Monsieur B., ancien agent de la Stasi, qui perdit son emploi avec la chute de la RDA. Cet homme convaincu, nous donnes ses impressions sur son travail et son analyse de la chute du regime socialiste en Allemagne de l'est.
Ce film constitu une veritable reflexion sur l'image, et est compose exclusivement d'un montage de video d'archive de sources differentes : archives de la Police de peuple, de la Stasi, des cameras de surveillances du traffic routier, des videos amateurs et meme des faux. Nous subissons donc au cour du film un veritable deluge d'images, representatif de la masse video accumulee par les agents de la Stasi, qui a force de vouloir tout regarder on finit par ne rien voir, et l'on sera les spectateurs de leur echec en 1989.
On s'interroge aussi sur les raison de cette organisation : une volonte de controle absolue, mais aussi utopique. Une des phrases capitale du film resume la sentiment des agents : "la confiance c'est bien, le controle c'est mieux"... En reallite il semble que le veritable role de la Stasi fut de terroriser la population pour combattre le terrorisme, ce qui est un beau paradoxe. Terroriser car la Stasi ne pouvait pas etre efficace, l'exces d'image tu l'image. En ca le realisateur refuse de nous faire croire que les cameras sont un reel instrument de controle, il refuse le delire paranoiaque, animer par le fantasme de "Big brother", dans lequel beaucoup tombent aujourd'hui avec l'explosion des cameras de securite et des methodes diverses de surveillance (tracabilite des cartes bancaires, des telephones portables etc...). Eyal Sivan explique que pour lui ces objets releve plus du logo que de l'outil, le symbole d'une societe qui cherche desesperement a tout controler. L'appat est bien evidemment la securite, et comme le dit le realisateur, la securite veut dire : dormez bien.
Et c'est un des aspects cruciaux du film, les agents de la Stasi effectuait leur travail pour l'amour du peuple, aussi odieux que cela puisse paraitre. Le film nous expose des fonctionnaires perdus dans une machine bureaucratique qui les depasse et qui refuse toute responsabilite, tout comme les fonctionnaires nazis. Evidemment ils ne respectaient pas la constitution, mais il ne faisaient qu'appliquer une methode mise en place pour proteger les citoyens et les rendre heureux de gres ou de force. Les surveillants finnissent par etre eux meme surveiller et l'atmosphere de paranoia s'epaissit au fur et a mesure du temps, et Monsieur B. fait ce constat accablant a la fin : "La Stasi avait plus peur du peuple que le peuple de la Stasi".
A la suite de cette projection l'intervention du realisateur fut salutaire vu la densite du film, ce personnage charmeur et brillant nous eclaira sur la reelle portee de ce film et sur sa vision du cinema et de l'image dans notre societe. Selon lui une image avant de montrer et surtout quelque chose qui cache, et le role du spectateur est, des lors, de s'interroger sur ce qu'il ne voit pas. Comme il nous la dit a la fin du la projection : "le film commence maintenant", nous devenons dans cet optique de reel "spectacteur" et nous evitons le constat des situationnistes selon qui "le spectateur ne vie plus entre deux spectacles, il attend". Cet dimension de participation est justement ce que nous refuse la television avec ses images qui ne font que passer continuellement, comme le dit Eyal Sivan, "un veritable chewing gum a oeil".
Je vous conseil d'aller voir ce film sans hesiter, qui bien qu'il a pour sujet la Stasi nous eclaire sur beaucoup de phenomenes contemporains.

A la prochaine camarades!